Luc Chatel porte à 2000 euros le salaire des jeunes profs

lefigarole 24 novembre 2011
article de Marie-Estelle Pech 
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Les 107.000 enseignants débutants vont commencer leur carrière avec un salaire dépassant les 2000 euros bruts à partir de février 2012, une «barre symbolique», selon le ministre de l'Éducation.

Les enseignants débutants, professeurs des écoles ou enseignants certifiés, gagneront 2000 euros bruts mensuels à partir de février 2012. C'est une réponse politique à l'annonce de François Hollande qui, récemment, a dit vouloir recruter 60 000 enseignants en cinq ans pour compenser les suppressions de postes de ces dernières années. Le gouvernement, lui, justifie ces suppressions en affichant qu'elles permettent aussi d'améliorer l'ordinaire des enseignants. Cette revalorisation salariale est en effet tirée de l'argent économisé par le non-remplacement des enseignants partis en retraite. Depuis le début du quinquennat, Nicolas Sarkozy a toujours indiqué que les fonctionnaires seraient « moins nombreux mais mieux payés ».

+ 18 % en cinq ans

«Le président de la République s'y était engagé. L'engagement est tenu», a indiqué le ministre de l'Éducation nationale au salon de l'Education, porte de Versailles, à Paris. Cette mesure va concerner 107.000 enseignants de l'enseignement public et 18.000 enseignants de l'enseignement privé à partir de février 2012 mais ce n'est pas le premier geste financier envers les professeurs. Les débutants avaient déjà bénéficié d'un geste de Luc Chatel en mars 2010, si bien que, par rapport à «1690 euros en 2007», la hausse de leur salaire brut est de «+ 18 % en cinq ans», fait observer le ministre.

Dans le détail, les 14.100 enseignants «à l'échelon 3», c'est à dire ceux qui viennent de réussir leurs concours recevront 2000 euros bruts lors de leur première année d'exercice, soit 100 euros de plus. Les 110 900 enseignants «à l'échelon 4 et 5», qui sont entre leur deuxième et leur quatrième année d'exercice recevront respectivement désormais 2060 euros et 2121 euros bruts, soit 64 euros et 23 euros de plus par mois.

72 millions d'euros pour l'État

Cette mesure coûte 72 millions d'euros à l'État. Elle s'ajoute à celle de septembre 2010 qui avait coûté 170 millions d'euros. «Nous nous concentrons sur les jeunes enseignants car ils font partie des plus mal payés de l'OCDE, explique-t-on dans l'entourage de Luc Chatel, alors que les plus âgés sont au contraire parmi les mieux payés». Ces deux revalorisations successives ont aussi été décidées en raison du niveau de qualification plus élevé demandé aux enseignants, recrutés à niveau master depuis deux ans. Les jeunes professeurs doivent aussi être opérationnels dans les classes dès le lendemain de leur concours alors qu'ils bénéficiaient auparavant d'une année de stage.

«Je prends acte d'une augmentation de salaire mais je ne suis pas sûr que ce soit suffisant pour enrayer la crise de recrutement à laquelle fait face actuellement l'Éducation nationale», estime la secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison. Environ 20 % des postes offerts au Capes n'ont pas trouvé preneur en 2011. Les disciplines scientifiques sont particulièrement atteintes.

Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes, le principal syndicat d'enseignants du secondaire reconnaît un «geste» gouvernemental mais le minimise. «Les 100 euros supplémentaires sont accordés pendant un an et demi aux débutants. Ils sont sans effet sur la suite de la carrière qui n'est absolument pas revalorisée. Ils progressent plus vite mais stagnent plus longtemps». Le syndicaliste affirme que les professeurs ne se «feront pas acheter» par cette mesure. Pour lui, la principale préoccupation du moment, c'est surtout celle d'une réforme de l'évaluation des enseignants : ces derniers pourraient être notés par leurs chefs d'établissements selon un projet de décret : «Nous sommes fermement opposés à une évaluation par les chefs d'établissements, incompétents pour juger de la qualité de nos cours», assène-t-il.